Un cabinet de relations publiques conseillait à des journalistes d’enquêter sur les légèretés du moteur de recherche en matière de vie privée. Il était en mission commandée pour Facebook.
L’interminable guéguerre entre Facebook et Google tourne à l’opération de barbouzerie. Jeudi, le site internet The Daily Beast a révélé qu’une célèbre agence de relations publiques, mandatée par Facebook, avait encouragé des journalistes et des blogueurs à écrire des articles pour salir la réputation de Google.

L’histoire débute la semaine dernière lorsqu’un blogueur publie un échange douteux tenu avec un représentant de la société de relations publiques Burson-Marsteller. Son interlocuteur, ancien éditorialiste politique reconverti dans la communication, lui propose de l’aide pour écrire un article sur «les importantes violations par Google de la vie privée de ses utilisateurs», clé en main si besoin. Avec force détails sur d’obscures pratiques du moteur de recherche.

L’affaire prend de l’ampleur en début de semaine, quand USA Today explique à ses lecteurs avoir été lui aussi contacté par Burson-Marsteller pour écrire des articles dénigrant Google. Si Apple, Microsoft et Facebook sont les noms les plus souvent cités, personne ne sait qui est le commanditaire de l’action. Et le mystère perdure jusqu’à ce jeudi. «Confronté à des preuves, un porte-parole de Facebook a reconnu que le réseau social avait engagé Burson», écrit donc le Daily Beast.

Facebook veille sur son «graphe social»

Loin de présenter ses excuses, le réseau social s’est justifié, en reprenant presque mot pour mot l’argumentaire servi par son agence de relations publiques. «Il estime que Google fait certaines choses dans les réseaux sociaux qui soulèvent des questions de confidentialité ; et il en veut surtout à Google de tenter d’utiliser les données de Facebook pour son propre service de réseau social», résume The Daily Beast.

La colère de Facebook porte en fait sur un discret service appelé «Social Circles», qui tente de reconstituer sur Google les listes d’amis des internautes déjà inscritssur Twitter, LinkedIn, Yelp et… Facebook. Google s’appuie notamment sur ses 150 millions d’inscrits à Gmail, son service de messagerie, dont il analyse les communications. «Le peuple américain doit être mis au courant de l’intrusion dans les profondeurs de leur vie privée», argumentait Burson.

Si Facebook se montre tant soucieux du respect des données personnelles, c’est parce qu’il s’inquiète pour sa propre activité. Le réseau social a minutieusement constitué une base de connaissances sur ses 600 millions de comptes, le «graphe social», qu’il entend protéger. Ces informations lui permettent de se développer dans la publicité ciblée, principale source de revenus de Google. Si elles lui sont dérobées, son modèle est menacé.

Or, Google compte visiblement l’attaquer par ce biais. Après quelques initiatives ratées (Buzz, Wave…), il a fait cette année des réseaux sociaux une priorité. Le quart des bonus des employés du groupe dépendra de leur performance dans ce secteur, vient d’annoncer son cofondateur et nouveau PDG Larry Page. La prochaine initiative du moteur de recherche vise clairement Facebook. Les sites Internet pourront ainsi inclure prochainement sur leurs pages un bouton de recommandations «+1», copié sur le «J’aime» du réseau social.
(Le Figaro)

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