Le nombre d’ »amis » d’un utilisateur de Facebook est lié à la taille de certaines régions de son cerveau.

Les fervents utilisateurs de Facebook commenceraient-ils à avoir la grosse tête ? Le professeur Geraint Rees de l’University College London (UCL) et son équipe viennent de découvrir que la taille de certaines zones du cerveau est proportionnelle au nombre d’ »amis Facebook ». Simultanément, plus une personne possède d’amis sur ce même réseau, plus il est susceptible d’en avoir dans la vraie vie. Les conclusions de cette étude financée par la Wellcome Trust, la plus riche fondation de charité au monde dans le domaine médical après celle de Bill Gates, sont publiées mardi dans la revue Proceedings of the Royal Society B.

Le professeur Rees et ses collègues ont scanné les cerveaux de 165 étudiants universitaires, tous utilisateurs actifs du réseau social Facebook. Ce qui leur a permis de découvrir une très forte corrélation entre le nombre d’amis Facebook d’un individu et la quantité de matière grise de plusieurs régions du cerveau. Rappelons que la matière grise est le tissu du cerveau où s’effectue le traitement de l’information.

L’une des régions concernées est l’amygdale qui est associée au traitement de la mémoire et au décodage des émotions. Alors que des travaux précédents montraient que le volume de matière grise de cette zone était plus important chez les personnes avec un grand nombre d’amis dans le monde réel, cette étude affirme que ce constat est également valable en ce qui concerne le nombre d’amis sur la Toile.

Amis « virtuels » et amis « réels »

Par ailleurs, les chercheurs de l’UCL ont découvert trois autres régions du cerveau dont la taille est corrélée avec le réseau social en ligne, mais pas avec le cercle d’amis dans le monde réel. C’est le cas du sillon temporal supérieur droit, connu pour jouer un rôle dans notre capacité à percevoir les mouvements biologiques (produits par des organismes vivants), comme l’expression du visage, une zone dans laquelle des défauts structurels ont été décelés chez certains enfants atteints d’autisme. C’est aussi le cas du cortex entorhinal dont la taille est liée au nombre d’ »amis Facebook », celui-ci étant associé à la mémoire (des visages, des prénoms…) et à la navigation à la fois dans l’espace et sur les réseaux sociaux en ligne. Enfin, la dernière zone identifiée est le gyrus temporal moyen activé par le regard des autres et qui est, par conséquent, impliqué dans la perception des signaux sociaux.

En plus d’examiner la structure du cerveau, les scientifiques ont aussi cherché s’il existait un lien entre le nombre d’amis « virtuels » et le nombre d’amis « réels ». Des études antérieures avaient déjà abordé cette question, mais à petite échelle seulement. Pour cela, les chercheurs de l’UCL ont posé des questions à leurs volontaires, telles que : « Combien de personnes vous enverraient un message écrit pour marquer un événement ? » ou « Quel est le nombre total d’amis dans votre répertoire ? » ou encore « Combien d’amis avez-vous gardés entre l’école et l’université et avec qui vous pourriez avoir une discussion tout de suite ? » L’analyse des réponses suggère l’existence d’un lien réel entre le nombre d’amis qu’on peut avoir en chair et en os, et sur le réseau.

Facebook, 800 millions d’utilisateurs dans le monde

Mais, attention, si le nombre d’amis et la taille de certaines parties du cerveau semblent liés, les chercheurs prennent soin de souligner que l’un ne découle pas forcément de l’autre. Les données sont insuffisantes pour conclure que multiplier ses amis sur Facebook se traduit par l’élargissement de ces zones ou que surfer comme un fou sur le Net permet d’agrandir son cercle de connaissances dans la vraie vie.

Le réseau social Facebook compte plus de 800 millions d’utilisateurs à travers le monde, un vaste champ de recherche pour les scientifiques. « Nous avons trouvé des régions du cerveau intéressantes, qui semblent liées au nombre d’amis que nous avons – qu’ils soient réels ou virtuels. La question passionnante maintenant est de savoir si ces structures changent au fil du temps. Cela nous aidera à répondre à la question de savoir si Internet modifient nos cerveaux », se réjouit Ryota Kanai, premier auteur de l’étude.

(Le Point)

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