Le candidat favori du New Hampshire, où le scrutin des primaires républicaines doit se tenir mardi, est la cible de tous ses concurrents. Analyse.
À se demander qui du public ou des candidats va se lasser le plus vite. Ce week-end, à la veille du scrutin dans le New Hampshire, il n’y avait pas un, mais deux débats télévisés à 10 heures d’intervalle avec les six candidats à l’investiture républicaine. C’est une particularité des primaires 2012. Jusqu’ici, les candidats faisaient campagne sur le terrain, se trimballant en autocar d’un meeting électoral à l’autre, dans le moindre patelin. Mais cette année, la campagne a été dominée par les débats télévisés. Celui de dimanche était le 15e ! S’il y en a autant, c’est d’abord parce que c’est un succès d’audimat. Chaque débat a été regardé en moyenne par 4,5 millions de téléspectateurs qui trouvent cela apparemment aussi excitant que les émissions de télé-réalité. C’est aussi un moyen pour les candidats, surtout les moins connus, d’obtenir une visibilité nationale et de peaufiner leurs messages.
Mais cette « débatmania » ne fait pas l’unanimité au sein de l’establishment républicain qui s’inquiète de son effet. Le gouverneur du Texas, Rick Perry, par exemple, s’est effondré dans les sondages après plusieurs prestations calamiteuses. À l’inverse, l’ex-speaker de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, orateur mordant et plein d’assurance, a vu sa popularité – du moins temporairement – exploser. « Les débats ont handicapé les campagnes, grignotant un temps précieux pour les candidats qui doivent s’organiser, lever des fonds, mettre au point des thèmes, une politique », écrit Karl Rove, l’ex-conseiller de George Bush, dans le Wall Street Journal. Sur les 31 jours de janvier, entre les quatre jours consacrés aux scrutins dans les quatre primaires et les six débats à préparer, il reste peu de temps pour faire réellement campagne.
« Bêtises pieuses »
Sans parler du fait que ces grand-messes télévisuelles sont rarement informatives et pas toujours palpitantes. Il fallait être motivé pour regarder jusqu’au bout le débat de samedi soir, particulièrement soporifique. Celui de dimanche matin s’est révélé plus animé. Les candidats ont décidé d’abandonner un peu de leur civilité pour attaquer bille en tête Mitt Romney, le candidat favori dans le New Hampshire. À tour de rôle, ils ont critiqué son conservatisme, son authenticité, son action de grand patron, ses convictions…
Rick Santorum, qui est arrivé en deuxième position dans l’Iowa, a affirmé qu’il était incapable de se battre pour des principes conservateurs. Newt Gingrich l’a décrit comme « un modéré relativement timide du Massachusetts, dont même le Wall Street Journal dit que son plan économique est si timide qu’il ressemble à celui d’Obama ». Lorsque Romney a affirmé qu’il n’était pas un homme politique de carrière, Gingrich s’est moqué de lui en rétorquant : « Vous ne pouvez pas arrêter ces bêtises pieuses ? » Avant de l’accuser d’avoir détruit des emplois quand il était à la tête de Bain Capital, une firme d’investissement qui rachète des entreprises et les revend après les avoir restructurées souvent à la hache avec une forte plus-value.
« Vieille Europe »
Mais cette tentative bien tardive de démolition n’a pas déstabilisé Mitt Romney, qui a snobé ses rivaux et préféré s’en prendre au président Obama. Bref, rien ne semble plus pouvoir freiner sa victoire dans le New Hampshire. Reste à savoir qui entre Rick Santorum, Ron Paul et Newt Gingrich – qui essaient tous trois de se positionner comme l’alternative conservatrice à Romney – va s’imposer en deuxième position. Or, ce ne sont pas les piques et les petites phrases qui ont émaillé ces deux derniers débats qui vont aider l’électeur à faire son choix.
Car à part sur quelques points comme l’Irak où Rick Perry s’est dit favorable à un renvoi des troupes américaines sur place, alors que Ron Paul est un fervent isolationniste, il n’est pas très facile de différencier les six candidats. Ils veulent tous réduire le rôle de l’État, baisser les impôts et le déficit, mais sans couper dans le budget du Pentagone, durcir le ton avec l’Iran… Et surtout empêcher par tous les moyens l’Amérique de basculer dans le terrible modèle « communiste » de la vieille Europe !
(Le Point)


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