Une agence de communication a voulu aider des mendiants à obtenir plus d’argent en leur fabriquant des pancartes attractives. Une initiative qui a fait l’objet d’une vidéo, intitulée Homeless, et qui déclenche de vives critiques.

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« Maintenant les rêves, je laisse ça aux autres. » Le clip s’ouvre sur le visage de Michel, sans domicile fixe depuis huit ans, à Paris. Il est le premier portrait d’ »Homeless », une vidéo d’un peu plus de trois minutes réalisée sur l’initiative d’Ogilvy. Cette agence de communication a voulu aider des sans-abris, non pas en leur donnant de l’argent, mais en leur fabriquant des pancartes d’appel aux dons plus attractives. L’objectif: aider des personnes qui mendient à être davantage remarqué par les passants. Et donc à obtenir plus de pièces. Mais peut-on appliquer des stratégies de communication à la mendicité?

Publiée dimanche sur Youtube, la vidéo tourne depuis sur les réseaux sociaux. Provoquant, le plus souvent, la désapprobation des internautes. Plus des 3/4 des votants, sur Youtube, ont ainsi cliqué sur le bouton « je n’aime pas ce contenu ».

Baptiste Clinet, Nicolas Lautier et Florian Bodet, les trois créatifs de l’agence à l’origine de l’idée, ont répondu aux critiques sur le site d’Ogilvy. « Tout a commencé il y a un an, quand un SDF s’est installé devant l’agence. » Un homme que personne ne remarquait et à qui très peu de gens donnaient, expliquent-ils. « Alors nous est venue l’idée de prendre son carton et essayer de l’aider comme on pouvait et comme on savait faire… » Les retours négatifs? « On ne comprend pas vraiment (…) On a essayé de faire quelque chose de bien à notre échelle, voilà tout. »

La mendicité, une activité économique comme une autre?

Mais ce qui choque, plus que l’utilisation des sans-abris pour faire la promotion de l’agence dont le nom n’apparaît d’ailleurs pas dans le clip, c’est la mise en scène de la misère et l’application des stratégies de communication à la mendicité. Comme si elle était « une activité économique comme une autre », souligne Laurent François sur son blog Citizen L.

Rien de nouveau dans le monde de la rue, pourtant. Hadrien Riffaut, sociologue au Cerlis et auteur d’une étude sur « les mendicités à Paris et leurs publics », explique que de telles stratégies existent déjà. Un trait d’humour sur une pancarte, un petit chien pour attendrir… « Toute manche a une mise en scène », affirme-t-il. Et cela fonctionne. « Plus la manche est active, plus elle est efficace, poursuit le sociologue. Mais stratégie ne veut pas dire tromperie. Ce n’est pas parce qu’il y a une stratégie, qu’il n’y a pas de précarité. »

Car pour être remarqué, et que l’on accepte de lui donner de l’argent, le mendiant doit se rapprocher de la norme sociale. Mais pas trop tout de même. Sur le terrain, Hadrien Riffaut a ainsi remarqué qu’être trop propre ou montrer son téléphone portable était un frein aux dons.

Alors, oui, les pancartes de l’agence de communication peuvent permettre aux 18 mendiants concernés de recevoir davantage de pièces. Mais le grand risque, insiste le sociologue, est d’en faire « des hommes sandwichs qui vendent leur misère avec des slogans de com’ ». D’autant que les yeux s’habituent à tout. Et « si cette pratique se multiplie, conclut-il, il y a un risque d’usure du passant ». Qui ne verra plus, s’il s’arrête encore, que la bonne phrase. Mais plus la misère qui se cache derrière.

(L’Express.fr)