Le nouvel opérateur mobile a conquis 2,61 millions d’abonnés, mais pourrait avoir du mal à rentabiliser ses infrastructures.
C’est par un communiqué laconique que Iliad, maison-mère de Free, a annoncé de bonnes nouvelles pour l’opérateur : Free Mobile a dévoré près de 4 % du marché français en moins de trois mois. Avec 2,61 millions d’abonnés conquis en 80 jours, Xavier Niel peut dire qu’il a gagné une bataille importante. Mais pas encore la guerre…
Les 2,61 millions d’abonnés annoncés par Free sont surprenants, car la concurrence n’a annoncé qu’un million d’abonnés perdus. Bouygues n’ayant pas communiqué sur ses pertes de clients, il manque une partie des départs. Mais il reste malgré tout un trou d’environ 1,5 million d’abonnés, qui sont venus de nulle part. Beaucoup de clients ont donc créé une ligne qui n’existait pas chez un concurrent, ce qui confirme l’observatoire des mobiles publié par l’Arcep la semaine dernière. Le gendarme des télécoms relève en effet que le marché français a gagné près de 900 000 cartes SIM au premier trimestre 2012, contre 300 000 les années précédentes. Cela explique une partie de la différence, mais pas totalement. Interrogé, Free Mobile relève que le reste des clients pourrait venir des offres prépayées de la concurrence, qui n’a pas comptabilisé ces départs, car les clients de ces formules ne sont, par nature, pas des abonnés.
Une facture salée pour l’itinérance
La France disposant déjà de 66,8 millions de lignes mobiles (soit plus que la population totale, en raison des nombreuses lignes professionnelles et secondaires), il est peu probable que la majorité des nouvelles lignes chez Free Mobile soient des abonnements principaux, à forte valeur ajoutée (19,99 euros par mois). Ce qui pose un autre problème à Free : les 4 % du marché conquis s’entendent en nombre de lignes, et non en valeur. Free restant volontairement flou, évoquant seulement une répartition « équilibrée » des abonnés entre les deux forfaits, il est probable que plus de la moitié d’entre eux aient choisi le forfait à deux euros, qui est même gratuit pour les abonnés Freebox. Ce qui fait dire à la concurrence que Free peut se targuer d’avoir 2,61 millions d’abonnés grâce à un « effet de tiroir » : certains abonnés Freebox auraient pris l’offre gratuite juste « pour voir », sans intention de consommer. Quoi qu’il en soit, avec des tarifs si bas, voire nuls, il est difficile de se positionner face aux revenus de la concurrence, qui ne propose pas de tarifs comparables. Fin avril, une étude Kantar estimait que Free avait conquis 4,6 % du marché en nombre de clients, mais seulement 2,1 % en valeur.
Autre point flou dans la guerre menée par Free : la facture de l’itinérance. Le nouvel entrant utilise en effet le réseau d’Orange pour desservir l’ensemble de la population et pas seulement les abonnés couverts par les antennes Free Mobile, déployées petit à petit sur le territoire. Initialement fixée à un milliard d’euros, la facture devrait augmenter sensiblement en raison des difficultés qu’a rencontrées Free pour déployer un réseau fonctionnel dans les temps. L’opérateur refuse de communiquer sur ce point, mais il ne fait aucun doute que les revenus du fixe (les Freebox) vont financer le lancement de l’offre mobile. Le tout est de savoir si la santé financière d’Iliad en sera affectée durablement…
(lePoint.fr)


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